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QUELLES VALEURS VOULONS-NOUS DEFENDRE ?

lundi 13 août 2018

Durant les mois passés nous avons projeté, avec l’aide d’autres organisations regroupées dans le CIAN 29 (Comité pour l’Interdiction des Armes Nucléaires du Finistère), un film : "La bombe et nous".
Il s’agissait pour nous d’engager un débat sur un sujet tabou dans notre démocratie : la dissuasion nucléaire. C’est un problème qui n’est jamais débattu, sauf lors de conciliabules entre gens autorisés, dans les couloirs des assemblées, lors de réunions où se retrouvent des spécialistes du problème, tous grands-prêtres de la foi nucléaire. Les citoyens et même les parlementaires sont tenus à l’écart du débat. Patricia Adam1 déclarait au Point le 8/04/2014 : "J’ai pu effectivement vérifier avec les services de l’Assemblée Nationale que cela [un débat sur la dissuasion nucléaire] ne s’était jamais produit depuis que l’arme nucléaire existe en France, voici plus de cinquante ans !"

Il n’est évidemment pas possible de dire trop fort que la dissuasion nucléaire c’est la prise en otage de villes "ennemies" et donc, la préparation, froidement réfléchie, de l’assassinat d’enfants, de femmes, de vieillards, de civils non-combattants. Il s’agit bien de la préparation d’un crime de guerre, d’un crime contre l’humanité. Nos grands-prêtres ont beau dire qu’il s’agit d’une arme de non-emploi : jamais l’humanité n’a construit une arme qui n’ait pas servi. Pour la bombe atomique il y a déjà eu Hiroshima et Nagasaki, et les essais qui ont contaminé de gigantesques zones et multiplié cancers, malformations et retards mentaux dans les populations locales.

Parlant des armes nucléaires, le Pape François a déclaré le 10 novembre 2017 : "Il faut condamner fermement la menace de leur usage, ainsi que leur possession". La simple possession de la bombe atomique est déjà un crime. C’est ce qu’ont dit 122 pays dans le monde en signant un Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires en juillet 2017 aux Nations-Unies. C’est ce que n’a pas fait notre pays qui, au contraire, va consacrer encore plus d’argent pour la bombe. Ce qui revient à renier la signature par la France, en 1992, du Traité de non-prolifération (TNP) qui prévoit dans son article VI que les pays signataires s’engagent "à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée […] et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace". Rien, ou tellement peu, n’a été entrepris dans ce sens par les pays nucléarisés. Dès lors comment demander aux autres pays de respecter leur parole ?
Alors pour faire avaler la pilule, il faut nous distiller des mythes. C’est ainsi qu’on nous répète à longueur de temps que ce sont les bombes atomiques qui ont fait capituler les Japonais en 1945, que c’est la possession de cette arme qui nous permet de sièger au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, qu’aujourd’hui c’est notre assurance-vie, que la bombe atomique existe alors il faut la posséder, que c’est l’assurance de notre indépendance, qu’on ne peut pas se passer de la composante aérienne, que seul le Président peut donner l’ordre de tir, etc. Toutes ces histoires, toutes ces fables, tous ces contes ont pour objet d’essayer de justifier l’injustifiable.

Dans les numéros à venir nous aurons l’occasion d’y revenir, de déconstruire ces mythes et de montrer qu’en aucun cas la bombe atomique permet de préparer la paix.

Mais en définitive, la question première n’est-elle pas, non pas de savoir comment nous défendre, mais de savoir quelles valeurs nous voulons défendre ?

"Si tu veux la Paix, prépare la Paix"

Fanch Hénaff ? l’Orange Bleue, numéro 110

1 Patricia Adam a été pendant 3 ans vice-présidente de la Commission de la Défense Nationale à l’Assemblée Nationale puis présidente pendant 5 ans

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