ANTIGUERRE ET ANTIMILITARISME
La plupart des rédacteurs et rédactrices de cette revue ont connu les années post soixante huitardes bien marquées par l’antimilitarisme, notamment dans les zones où l’armée était bien implantée, dont les ports militaires comme Brest. la conscience de liens entre guerres, capitalistes, et politiciens à leur service, était devenue bien plus forte. La crise antimilitariste remettait en cause l’institution militaire et le ministère de la Défense. Cette déstabilisation profonde n’a pas réussi à toucher le coeur de l’armée qui s’est bien plus largement professionnalisé.
Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’actualité internationale, marquée par la multiplication des conflits à travers le monde, installe chez nombre de nos concitoyens un climat d’insécurité qui conduit souvent à justifier l’accroissement des forces armées. Dans ce contexte émerge également une réflexion sur les causes des guerres et sur les responsabilités de ceux qui les conduisent. Grandit alors, au sein de la population, un sentiment antiguerre auquel se mêle fréquemment celui d’antimilitarisme. Cette dernière notion demeure toute fois ambiguë , puisqu’elle tend à confondre, l’homme en uniforme - soldat ou marin - et l’institution militaire placée au service du pouvoir politique. Il arrive parfois que les plus hautes sphères de l’armée appliquent avec un zèle excessif les orientations décidées par ce pouvoir*, nourrissant ainsi une défiance envers le « militaire » dans son ensemble.
En cette période de tension internationale, beaucoup considèrent qu’une armée demeure nécessaire pour assurer une « dissuasion »,défendre le territoire, tout en estimant que la guerre doit rester moralement condamnable.. Pourtant ce sentiment peut aussi servir de justification à un développement du militarisme dans sa forme la plus exacerbée.
Cette évolution se manifeste notamment par la présence récurrente de hauts gradés (en retraite) dans les débats télévisés, mais également par leurs interventions dans les collèges et lycées. Certains projets – loi Blanchet - envisagent même l’instauration de cours de défense obligatoires de la sixième à la terminale, ainsi que des stages militaires ouvrant droit à des avantages pour le baccalauréat. Cependant ce désir de militarisation de la jeunesse et ces méthodes ne produisent pas forcément les effets escomptés, en témoigne l’abandon du S.N.U. (Service National Universel ) mais il risque surtout d’alimenter, principalement chez les jeunes concernés, un rejet du « militaire », qui occulte la responsabilité première du pouvoir politique.
L’uniforme ne fait pas forcément le guerrier. Ceux qui au siècle dernier l’ont revêtu souvent contre leur volonté, n’étaient pas des mercenaires mais des hommes « appelés » à participer à une guerre qu’ils jugeaient injuste.
* Général Mandon ; « … il faut accepter de perdre ses enfants... »
Yvon Pichavant, Edito L’Orange Bleue, n° 148
