ELECTIONS MUNICIPALES 2026 - PREDOMINANCE D’UN CHAMP SEMANTIQUE ET LEXICAL INQUIETANT

Les dernières élections à Brest ont été les plus violentes et brutales de ces dernières années. Pas seulement à Brest : les media de la presse écrite et audiovisuelle, les réseaux dits « sociaux », les forums, ont abreuvé les citoyens de mots issus du champ sémantique et lexical de la guerre.
Le champ sémantique, c’est l’ensemble des mots et expressions liés à une même idée, un même concept ou un même univers de sens. C’est un réseau de mots connectés par leur signification : un outil puissant pour faire passer une idée, comprendre une situation ; c’est un levier pour développer du sens, pour capter l’attention ; c’est aussi une force de différenciation et un truc de communiquant pour générer du trafic sur un site web : les mots-clés permettent d’optimiser un contenu en fonction de la cible - une cible (ici l’électeur) que l’on sait de plus en plus anxieuse par l’anticipation d’un danger dans le futur, une anxiété sociale renforcée par le choix des mots.
Que nous apprend l’observation quotidienne de ce champ sémantique ? Pendant les trois derniers mois, on a pu lire et entendre, à longueur de temps, des mots comme : lutte, guerre de clans (courants au sein d’un parti), bataille de terrain, prise de guerre (pour candidat venu du camp adverse), porte-flingue (pour négociateur), fief (quartier traditionnellement acquis), agression verbale, cible, camp retranché (entre deux factions), affrontement, rappel des troupes (les militants), stratégie de conquête, déclenchement des hostilités, offensive, hégémonie, duel, défense, résistance, escarmouche, puissance de tir...
A contrario, le champ lexical de la paix a été le grand absent. On aurait peine à trouver, de manière isolée, des termes comme : fraternité, solidarité, justice, tolérance, arbitrage, dialogue, négociation, respect mutuel, union, accord, médiation, dignité, droits humains...
A l’Université Européenne de la Paix, nous savons que des élections opposent des hommes et des femmes, électeurs ou candidats, et surtout des programmes, reflets de visions différentes de la vie en société et de ce que devrait être une ville désirable. Nous ne sommes pas des « bisounours », insulte qui coupe court à tout débat de fond. Nous pensons que la conflictualité fait partie de la pratique démocratique : apprendre à débattre sans se battre reste pour nous un enjeu de taille et cela commence par le choix des mots..
Anne-Marie Kervern, L’Orange Bleue, n° 146
