DRAPEAU BLANC

Jean-Francois Bernardini, artiste compositeur et musicien du groupe corse I Muvrini, fondateur de l’association Umani, promeut la culture de la non-violence auprès du plus grand nombre et partout où on l’invite : une manière de poser autrement les questions sur l’état du monde et de partager des anticorps contre les maux qui le rongent. Il affirme que nous sommes équipés pour la solidarité, la coopération, la mutualité, l’empathie et réhabilite le conflit : « ce n’est pas la guerre, ce n’est pas je t’écrase ou je te frappe, entre les deux il y a un chemin », la non-violence est la boussole. C’est le contraire de la passivité et aussi un souci d’efficience car la violence nous fait perdre une force essentielle : celle du nombre, celle du peuple qui fit tomber le mur de Berlin sans une goutte de sang.
« Ne pas rester spectateur » est un appel d’urgence car la non-action est aussi non-assistance à société en danger. C’est dans cet esprit qu’ Umani invite les Corses à lutter contre la maffia à l’origine de tants de crimes, de trafics mortifères, de meurtres dans son île, en lançant l’opération Isula bianca*, une coordination citoyenne de résistance, à conscience découverte, destinée à ouvrir les volets clos, à donner une voix au silence des révoltés, des victimes et des politiques : « Accrochons à nos fenêtres, nos portes, nos balcons, un tissu, un drap, une serviette, un Tshirt blanc en signe de solidarité »... que chaque adulte, chaque association, chaque mairie, chaque église pose cet acte pour le présent et l’avenir que nous souhaitons ».
Nous qui vivons de plus en plus de situations de violence, sans doute à Brest moins qu’ailleurs, mais avec une montée en puissance que chacun peut observer, nous pourrions nous inspirer de ce mouvement « drapeau blanc » pour affirmer l’inefficacité et l’incompétence universelle de la violence : non, être libre, ce n’est pas comme le dit E. Macron « être craint ». Cette politique-là contribue à dysréguler ceux dont les besoins ne sont pas respectés face un marché organisé et lucratif. Parmi ces besoins il y a la justice, le sentiment d’appartenance, l’inclusion. Quand on ne les a pas, la frustration devient menace mortelle, un trauma jamais reconnu, jamais nommé ni résolu, et qui prend la jeunesse en otage ! Hisser le drapeau blanc, c’est proposer une culture alternative qui s’apprend et s’éduque.
Anne-Marie Kervern, L’Orange Bleue, n° 145
* ISULA BIANCA : un passucciu, ognunu a so parte - un petit pas, chacun sa part. afc@afcumani.org
