L’association Iroise-Ukraine a célébré à Brest la fête nationale de l’Ukraine, une manière pour les personnes exilées de dire leur espoir de paix, et aussi leur volonté de garder pour leurs enfants une Ukraine indépendante et libre. Derrière moi, j’entends : « Si l’Ukraine avait conservé son armement nucléaire, le Kremlin n’aurait pas osé s’y attaquer. Poutine n’aurait pas osé annexer la Crimée en 2014 ».

Revenons au fait historique : la signature du mémorandum de Budapest. Par ce texte de 1994, l’Ukraine obtient de la Russie, du Royaume-Uni et des États-Unis un engagement à respecter son indépendance, sa souveraineté et ses frontières, en échange de son renoncement à conserver les armes nucléaires soviétiques sur son territoire (4000 armes nucléaires, soit 15% de l’arsenal soviétique).

Pour le GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité), ce raisonnement - très courant - est contrefactuel : l’Ukraine a bien négocié des garanties économiques et de sécurité en échange de ce renoncement et d’un engagement ide signature du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). De leur côté, les USA et la Russie se sont engagés à respecter l’indépendance, la souveraineté et les frontières existantes de l’Ukraine, et à ne pas ne pas recourir à la force contre son intégrité territoriale. Engagements modestes qui ne font que reprendre des principes du droit international.

On comprend le sentiment de trahison des Ukrainiens. Abstenons-nous de conclure a posteriori que les dirigeants ukrainiens ont commis une erreur en renonçant à l’arsenal nucléaire : après 1991, leur économie exsangue ne leur permettait en aucun cas le financement d’un programme nucléaire militaire indépendant. En conservant les armes nucléaires soviétiques, l’Ukraine aurait pris le risque d’être soumise à la pression énergétique et financière de Moscou et serait devenue une sorte d’Etat paria. Son désarmement nucléaire – prix de son indépendance et de sa souveraineté - fut décidé par la conviction, largement partagée par la population, que conserver un arsenal nucléaire ne renforcerait pas la sécurité du pays mais la fragiliserait, en tous points.

En fait, la question la plus pertinente n’est pas de savoir « si l’Ukraine aurait été
envahie si elle avait gardé ses armes nucléaires, mais plutôt si la Russie aurait osé cette
invasion sans être elle-même une puissance nucléaire
 » (Mariana Budjeryn, Harvard Kennedy school).

Anne-Marie Kervern, l’Orange Bleue, numéro 144