LA DIVERSITE LINGUISTIQUE ET LA PAIX

La diversité linguistique et la paix.
Echec de la tour de Babel : selon la Bible, en condamnant les hommes à parler des langues différentes, Dieu rend leur coopération impossible. Et si Babel était, non une malédiction, mais une bénédiction ? Une langue unique ne va telle pas de pair avec une pensée unique ? N’annonce t-elle pas une société totalitaire ? Renverser ce qui a été interprété comme châtiment en une chance pour l’humanité, est un enjeu de paix, culturel et sociétal : inventer une communauté humaine, riche de toutes les différences.
« C’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevés les remparts de la paix » déclare le Préambule de la Constitution de l’UNESCO, et l’un de ces remparts est l’éducation multilingue. Certes, la langue peut être source de conflit lorsqu’elle sert un imaginaire excluant et un argumentaire qui légitime la négation des droits fondamentaux ; elle est néanmoins un instrument indispensable pour établir un dialogue de paix et joue un rôle dans tout processus de pacification, qu’il s’agisse de conflits internationaux ou de troubles
intérieurs menaçant la cohésion sociale (gare aux blessures des groupes minorisés !).
Rendons hommage au centre UNESCO de Catalunya- UNESCOCAT qui s’est engagé dans l’aventure collective de la culture de paix en contribuant à éradiquer le préjugé de la langue vue comme source d’affrontement. Son service dédié à la diversité linguistique a choisi de s’appeler Lingua-pax*, comme preuve de son but ultime.
Dans ce même esprit, l’historienne bretonnante Rozenn Milin et le sociolinguiste Philippe Blanchet, lors de la dédicace de leur livre* aux Capucins, ont battu en brèche l’idée que la diversité linguistique favorise les conflits interethniques. Ils ont rappelé la guerre sanglante du Rwanda, pays monolingue, une exception dans le continent africain. En revanche, ils ont fait découvrir la paix qui règne au Vanuatu depuis la décolonisation, avec ses 140 langues pour une population de 330 000 habitants...sans oublier la Suisse, paradigme de la neutralité et de la paix avec ses quatre langues historiques.
La diversité linguistique est un indicateur de bonne santé sociale. Mais sa mauvaise gestion par les Etats, l’expansion agressive des langues coloniales et néocoloniales, les « lois du marché » qui imposent les langues dominantes, les nationalismes qui exacerbent la langue du pouvoir, la mettent en danger et sont des obstacles à la paix.
Anne-Marie Kervern, l’Orange Bleue, n° 143
* https://www.linguapax.org/wp-content/uploads/2015/03/Livre_GestionDiversit%C3%A9_FR.pdf
* Langues régionales : idées fausses et vraies questions. Ed Héliopoles.
