LES MASSACRES DE GOMA

Le 23 mai dernier l’UEP organisait un « carrefour de la paix » au Foyer laïque de St Marc sur les « guerres oubliées ». On dit maintenant : « guerres hybrides » (ça fait plus chic !)
Mais Goma : c’est où ?
C’est en Afrique centrale bien sûr, et les journalistes appellent cela la « région des grands lacs » (ce qui est faux géographiquement). Vous connaissez tous les massacres du Rwanda de 1994 qui auraient fait plus de 800.000 victimes, sauf que dans ces territoires isolés de l’Afrique centrale les massacres ont débuté bien avant. Dès l’indépendance du Congo belge (30 juin 1960) le Katanga et le Sud-Kasaï déclarent leur indépendance et il s’en suit une guerre de 3 ans qui fera 100.000 morts. Cette guerre du Katanga, où se sont illustrés des mercenaires français, s’est déroulée sur fond d’immenses gisements de cuivre qu’Américains et Russes se disputaient.
Dès leur indépendance (1er juillet 1962) les deux petits états frères du Rwanda et du Burundi vont connaitre des massacres inter-ethniques. Au Burundi, les massacres de 1972 vont faire près de 300.000 morts. En 1993, le président Hutu, Melchior Ndadaye, démocratiquement élu, est assassiné par les militaires Tutsis. S’en suit une guerre civile qui fera plus de 300.000 victimes et ne prendra fin qu’avec l’Accord d’Arusha, en 2000.
Et le Kivu dans tout cela ?
Cette zone, aux confins orientaux de la République Démocratique du Congo (RDC) est bordée par trois autres pays : le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. Elle cumule les handicaps car elle est le siège de toutes les factions rebelles réfugiées des guerres régionales qui durent depuis plus de 60 ans. Elle a de plus le triste privilège d’être extrêmement riche en minerais de toutes sortes convoités par le monde entier, à commencer par les Etats Unis et la Chine.
Depuis 1996 cette région n’a pas connu de répit dans les affrontements entre l’armée régulière de Kinshasa et tous les petits groupes rebelles, armés par les voisins et vivant de pillages et de trafics en tout genre. Parmi ceux-ci le M23, créé en 2012, est constitué de militaires Tutsis Rwandais soutenus par le président Kagamé. Il contrôle le Nord-Kivu et Goma depuis cette année, ainsi que les lieux de production du coltan, en particulier la mine de Rubaya.
Le coltan est appelé « le minéral du conflit » et c’est l’abréviation de columbite-tantalite, à partir de laquelle les éléments niobium et tantale (« terres rares ») sont extraits. La RDC produit 80% du tantale mondial. Cet élément est indispensable dans la fabrication de condensateurs qui contrôlent le flux de courant, car il a une conductivité de 80 fois supérieure au cuivre. Il est très résistant aux hautes températures et ne s’oxyde pas. Il faut quelques microgrammes pour chaque condensateur utilisé dans l’électronique. Il entre aussi dans la composition d’alliages de cobalt et de nickel dans la fabrication des réacteurs d’avions. Autant dire qu’il est incontournable dans l’industrie de l’armement.
Joël Rolet (20 juin 2025), l’Orange Bleue n°143
