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REPENSER LES CHOIX NUCLEAIRES : SECURITE ET DEMOCRATIE

lundi 29 juin 2020

Titre de la conférence de Benoit Pelopidas qui servait de support au webinaire1 (visio séminaire) organisé le 28 mai dernier par Initiative pour le Désarmement Nucléaire (IDN).

Benoit Pelopidas est responsable de Nuclear Knowledges, le premier programme universitaire français de recherche indépendant sur le nucléaire militaire. Sont repris ici quelques points marquants de sa conférence.

  • Les dangers de la prolifération nucléaire : ne pas se tromper de cible.

Le focus médiatique porté sur les dangers de prolifération horizontale (augmentation du nombre des pays dotés de l’arme nucléaire) et l’on pense d’abord à la Corée du Nord et l’Iran, conduit à occulter le fait que le « roman » sur la prolifération n’a depuis l’origine concerné qu’un nombre limité de pays : une quarantaine tout au plus, dont trente d’ailleurs y ont renoncé, la plupart d’eux mêmes, sans intervention extérieure, (Suède, Suisse, Afrique du Sud, Brésil, Australie, Libye...). Surtout il conduit à détourner l’attention du danger bien réel que représente la prolifération verticale (augmentation, puissance accrue des armes nucléaires détenues par les 9 pays qui en sont dotés). Comme si le seul danger serait celui des bombes qui n’existent pas encore !

  • La confiance aveugle dans la robustesse des procédures de contrôle

Les bombes des pays dotés sont parfaitement sous contrôle. La preuve : en 70 ans d’existence de la bombe il n’y a eu à déplorer aucune explosion accidentelle. Cet argument d’autorité, souvent avancé par les nucléocrates, fait peu de cas de la chance qui seule a joué plusieurs fois pour empêcher qu’une défaillance du système de contrôle ne débouche sur une catastrophe nucléaire. Classés généralement « secret défense » ces incidents majeurs n’arrivent à la connaissance du public qu’avec beaucoup de retard et au compte goutte lorsque les documents les relatant sont déclassifiés. A noter que la France, au nom de la lutte contre la prolifération, s’est dotée en 2008 d’une loi qui rend définitivement incommunicable toute archive relative aux activités nucléaires, biologiques et chimiques. Une façon de taire à jamais ce genre d’accidents et ainsi de continuer à entretenir l’illusion de l’efficacité de nos procédures de contrôle.

  • La démocratie confisquée

Sous prétexte de complexité de maîtrise de la technologie nucléaire et de compréhension des situations géopolitiques à gérer, la dissuasion nucléaire reste le domaine réservé d’un nombre limité d’experts ou prétendus tels, conseillers du chef de l’Etat, le seul habilité à décider de son emploi. Entorse sérieuse à la pratique démocratique, cette délégation technocratique du pouvoir nucléaire serait acceptable par le peuple du fait de son soutien à la politique menée. Ce postulat est remis en cause par un sondage mené en 2018 dans neuf pays de l’U.E d’où il ressort que moins de 15% des 18/50 ans sondés approuvent la politique nucléaire militaire conduite en leur nom.

  • Combattre l’ignorance pour redonner le pouvoir au peuple

L’ignorance qu’ont des affaires militaires nucléaires le peuple et la plupart de ses élus est un autre argument avancé pour justifier la mainmise des experts. Combattre cette ignorance qui pousse souvent à l’indifférence est un préalable à la reprise en main par le peuple de son avenir nucléaire.

Pour s’émanciper de l’emprise idéologique du lobby militaro-nucléaire il s’agit d’abord de mettre en place sur les questions de défense nucléaire une recherche réellement indépendante ; de définir un standard de l’expertise permettant de faire la part des choses entre le véritable spécialiste et le charlatan ; d’exiger des lois garantissant plus de transparence (à la différence de la loi de 2008).

Pour redonner de l’intérêt pour ces questions il faut amener les dirigeants politiques à prendre position sur le nucléaire militaire jusque dans leurs programmes électoraux, ce qui aujourd’hui est rarement le cas.

Ces objectifs atteints, et seulement alors, on pourra envisager la mise en place d’un processus débats/référendum sur la question de l’abandon de l’arme nucléaire. Précipiter la démarche risquerait d’être contre productif par défaut d’information objective ou insuffisance de motivation pour la question.

Roland de Penanros, L’Orange Bleue, n°120

1. Les webinaires d’IDN sont en accès libre sur le site www.idn.org

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