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UNE ECONOMIE AU SERVICE DES 1%

vendredi 8 mars 2019

Bingo pour les milliardaires dans le monde

Depuis 2015, les 1% les plus riches détiennent autant de richesse (placements financiers, immeubles, terrains) que le reste de la planète. Le monde compte environ 2200 milliardaires. En 2018 leur fortune a augmenté de 900 milliards de $, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population mondiale diminuait de 11%.

En France, où le taux de redistribution des dividendes par les entreprises du CAC 40 atteint des records (plus de 50% contre 33% au début des années 2000), celles-ci, en 2017, ont reversé 44 milliards d’€ à leurs actionnaires, soit trois fois plus qu’il y a 15 ans. En 20 ans la fortune totale des dix plus grandes fortunes françaises a été multipliée par 12 pendant que le nombre de pauvres augmentait de 1,2 millions de personnes. Aujourd’hui dans notre pays, les 10% les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses, les 50% les plus pauvres à peine 5%.

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Une richesse sexiste qui ne doit guère au talent

La majorité des personnes les plus fortunées sont des hommes. A l’échelle mondiale, ceux-ci gagnent 30% de plus que les femmes et possèdent 50% de plus de la richesse totale. Le travail domestique non rémunéré (taches ménagères, soins et éducation des enfants) est principalement le lot des femmes. Il accapare leur temps, fragilise leur santé et ne leur permet pas de saisir certaines opportunités scolaires, économiques et politiques. La pauvreté est d’abord féminine.

Le talent, le travail et la prise de risques ne justifient guère la richesse : environ deux tiers de la fortune des milliardaires est le produit d’héritages, de situations de monopole et de relations de connivence avec le pouvoir politique.

Réductions fiscales et évasion fiscale accélèrent la concentration des richesses

Les taux d’imposition sur la fortune et sur les revenus les plus élevés n’ont cessé de reculer dans la plupart des pays riches. Aux Etats-Unis la tranche supérieure d’impôt sur le revenu est passée de plus de 90% dans les années 70 à moins de 40% aujourd’hui. En France une étude de l’OFCE montre que la dernière réforme fiscale du gouvernement aurait entraîné une hausse de 9600 € du revenu des 1% les plus riches contre une baisse moyenne de 60 € pour les 5% les plus pauvres.

L’imposition réelle des fortunes est encore minorée par la pratique de l’évasion fiscale par les riches.

Les Panama papers et les Paradise Papers ont révélé que les grandes fortunes dissimulent au moins 7 600 milliards de $ aux autorités fiscales, soit trois fois le PIB de l’Inde, un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants.

Un risque d’explosion sociale

Quand l’inégalité des moyens d’existence atteint de tels niveaux , quand on sait qu’il suffirait d’un relèvement de 0,5% de l’impôt sur la fortune des 1% les plus riches pour assurer l’éducation des 262 millions d’enfants non scolarisés et ainsi les armer contre la pauvreté... et qu’on ne le fait pas , on mesure toute l’injustice du monde et la colère qui monte. Ce qu’exprime en ces termes un milliardaire lucide cité par Oxfam : »Aucune société ne peut supporter ce genre d’inégalités croissantes. En réalité, dans l’histoire humaine, chaque fois que les richesses se sont accumulées de cette façon, les fourches ont fini par sortir. »

Roland de Penanros, l’Orange Bleue, numéro 113

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