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LA BOMBE ATOMIQUE ET SES MYTHES

mardi 8 janvier 2019

1er mythe (suite) : Ce sont les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki qui ont permis d’arrêter la guerre en 1945

Nous avons vu dans un précédent article que ce ne sont pas les bombes atomiques qui ont mis fin à la guerre avec le Japon, mais c’est l’entrée en guerre des Soviétiques le 9 août 1945 qui a été décisive.

Mais alors pourquoi ce mythe a-t-il été utilisé et par qui ?

  1. Pour les militaires US, il fallait montrer que les sommes considérables (l’équivalent de 26 milliards de dollars de 2013) qui avaient financé le projet Manhattan1, n’avaient pas été investies en vain. Ce fut l’occasion d’ "une expérimentation pour de vrai" des recherches.
  2. Ce fut pour les États-Unis le premier acte de "la guerre froide". Le président Truman a voulu montrer aux soviétiques, et aux autres pays du monde, la puissance de son pays, et ainsi augmenter son influence diplomatique.
  3. L’empereur Hiro-Hito pouvait expliquer que la guerre n’avait pas été perdue à cause d’erreurs de ses dirigeants ni du manque de courage de ses soldats, mais à cause de l’arme miracle inattendue de l’ennemi. Il pouvait alors continuer à bénéficier du soutien de son peuple. Le secrétaire de cabinet Sakomizu Hisatsune, un des principaux jeunes cadres ayant œuvré dans les coulisses de la capitulation, a pu écrire : "La bombe atomique était une opportunité unique, un cadeau du ciel qui permettait au Japon de mettre fin à la guerre, et à certains d’affirmer que les forces armées japonaises n’avaient pas été défaites. C’est au niveau de la science que le Japon a perdu, et l’armée ne se couvrirait donc pas de honte en capitulant... La responsabilité de la défaite serait attribuée à la seule bombe atomique, pas à l’armée."
  4. Attirer l’attention sur les bombardements atomiques, cruels et inhumains, un crime contre l’humanité, permettait de susciter la sympathie internationale et faire oublier la guerre brutale et sanguinaire qu’avait menée le Japon.
  5. Enfin la reconnaissance par le Japon d’une défaite dûe à la bombe atomique flatterait les nord-américains et permettrait de négocier une amélioration des conditions imposées à la nation après la guerre.

Les Étatsuniens comme les Japonais avaient donc intérêt à propager le mythe.

Fanch Hénaff

1- Sous le nom de code projet Manhattan, le programme secret de recherche et de construction d’une arme nucléaire a été lancé en 1942, avec l’assistance du Royaume-Uni et du Canada, et la participation de nombreux scientifiques de haut niveau étatsuniens et européens. 130 000 personnes y furent employés.

Sources : 3 livres
"Armes nucléaires : et si elles ne servaient à rien ? – 5 mythes à déconstruire" de Ward Wilson (Préface de Michel Rocard)– Éditions du GRIP
"Libérer la France des armes nucléaires – La préméditation d’un crime contre l’humanité" de Jean-Marie Muller – Éditions Chronique Sociale
"L’illusion nucléaire : la face cachée de la bombe atomique" de Paul Quilès,Jean-Marie Collin et Michel Drain – Éditions Charles Léopold Mayer

Paru dans l’Orange Bleue, numéro 112

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