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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (RDC)

samedi 15 mars 2014

Un exemple de désastre après plus de 400 ans de prédation.

Ce vaste ensemble a subi au cours des derniers siècles la traite négrière transatlantique, la colonisation, les affres du néocolonialisme et les exactions de la Banque Mondiale et du FMI. Le bassin du fleuve Congo lui donne une certaine unité géographique. Les 70 millions d’habitants se partagent en 250 ethnies, et une multitude de langues classées en plusieurs familles. Le sentiment d’appartenance à une même nation doit être faible. D’énormes ressources naturelles pourraient être un atout et ne sont, aujourd’hui, qu’un problème. L’éducation et l’hygiène sont faibles (indice de développement humain de l’ONU = 186ième place sur 192).
Nous entendons rarement parler de la RDC, mais à chaque fois pour ses conflits sanguinaires et ses ressources naturelles exceptionnelles.
10 bandes armées très instables ont été recensées au seul Nord Kivu. Les armes légères circulent de bandes en bandes, de conflits en conflits, elles proviennent de bien des coins du monde y compris l’Union Européenne mais aussi d’Afrique (par exemple Burkina Faso pour les munitions, Soudan pour les armes fabriquées sous licence Allemande). Ces armes vieillissent très bien, surtout les plus simples (exemple de l’AK47 Kalachnikoff) et peuvent faire carrière sur plus de 40 ans à l’inverse de leurs utilisateurs. Ce sont des armes de destruction massive et génocidaire très efficaces.

Le plus grand nombre de victimes sont des femmes qui sont violées et donc ensuite rejetées par leur communauté. Le viol est une arme de guerre toujours très présente qui, outre le sort dramatique des victimes, retranche aux communautés des femmes qui sont des éléments structurants majeurs et fiables. Par ordre, viennent ensuite les enfants et adolescents qui sont, soit embrigadés dans les bandes armées, soit mis en esclavage dans des exploitations minières archaïques. Les sociétés minières sont aussi présentes et peuvent prendre le relais, si l’exploitation d’un minerai nécessite un saut technologique. Le sort des populations aurait alors une forte tendance à se dégrader (exemples du Mali avec l’Or ou de la Zambie pour le Cuivre). Les emplois sont réservés à quelques spécialistes. En fin d’exploitation minière la population se retrouve appauvrie dans un environnement dégradé et pollué.

Le pillage des ressources minières et forestières et l’état de guerre assurent des revenus substantiels à des chefs de guerre surtout cantonnés dans l’est du pays. Le Président actuel, Joseph KABILA, est le fils de Laurent-Désiré KABILA, un ancien chef de guerre qui renversa Mobutu dictateur de triste mémoire. Si une petite partie de la manne financière tombe bien entre les mains de chefs de bandes, l’essentiel aboutit dans des mains sûres : la Suisse, le Canada, l’Australie, la Chine, sont les pays d’origine de la plupart des firmes qui tirent les profits du feu. Les montages complexes, avec des sociétés écrans et les paradis fiscaux, sont parfaitement rodés pour drainer les profits.

Le Rwanda soutient (base arrière, armes) des factions au Nord Kivu très actives et des plus sanguinaires avec des vues d’extension territoriale. L’Ouganda voisin joue un rôle de parrain pour le président actuel. L’Afrique du Sud joue un rôle d’apaisement mais des sociétés militaires privées sont aussi très présentes (recyclage des guerres en Angola par exemple).

Dans ce contexte il est difficile de voir émerger la moindre entité qui pourrait donner un sens à cet ensemble en complète décrépitude. Les victoires récentes de l’armée de Kabila contre la bande du M23 seront peut être demain suivies de revers, car il ne faut pas contrarier les puissants de ce monde. Une éradication des bandes armées serait un progrès relatif, l’armée régulière étant souvent très répressive et corrompue. Cette histoire je pourrais peu ou prou la répéter pour certains pays d’Afrique (Centre-Afrique, Niger, etc..) même si, dans certains de ces pays, des lueurs d’espoirs existent et des esprits vifs font des analyses pertinentes.

Michel VOISSET
Article paru dans l’Orange Bleue, Numéro 89, mars 2014

Consulter le site du GRIP sur le sujet : www.grip.org

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