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LE PROJET DE DEVELOPPEMENT DES ACTIVITES PORTUAIRES : UNE NOUVELLE VOIE D’INDUSTRIALISATION POUR BREST ?

dimanche 15 juin 2014

La nécessité d’explorer des pistes de reconversion des activités militaires brestoises est à l’origine de la création de l’Université Européenne de la Paix. C’est ce qui nous a amenés à nous intéresser particulièrement à la déconstruction de navires et à l’installation à Brest d’une filière dédiée aux énergies marines renouvelables (EMR). Il s’agit dans ces deux cas d’activités nouvelles, à forte utilité sociale, en lien étroit avec les compétences des travailleurs de la navale. Malheureusement à la différence d’autres ports (Toulon, Bordeaux,SaintNazaire, Cherbourg, Le Havre) qui se sont déjà lancés sur ces nouveaux créneaux, il semblerait que Brest, comme le souligne Michel Voisset dans l’article ci-dessous, ait du mal à se saisir de ces opportunités réelles de reconversion...

NOUVEAU DÉPART POUR LE PORT CIVIL DE BREST ?

L’UEP a, au début des années 90, axé son action autour de la reconversion des industries d’armement (DCN et Thalès) vers des activités civiles. Depuis, Brest a connu une très forte décroissance de ses emplois industriels. La construction navale a disparu.

Le projet d’aménagement du port de commerce, conduit par la Région, devrait recevoir notre soutien. En fait il s’agit de deux projets. Le premier concerne les Energies Marines Renouvelables - EMR - le deuxième projet est l’approfondissement des accès et du bassin 6 (soja, conteneurs et passerelle RoRo) qui reçoit les plus gros navires. Ces projets soulèvent un certain nombre de questions.

Incertitudes économiques

La création d’une activité industrielle nouvelle – les EMR - à Brest serait en soi un événement majeur. En Manche Atlantique, deux gros concurrents sont déjà à pied d’œuvre, les normands (Cherbourg et Le Havre) et Saint Nazaire. Chacun de ces challengers va déjà se faire la main : des éoliennes et des hydroliennes pour les normands, des éoliennes aussi pour Saint-Nazaire. De plus ces deux concurrents ont prévu une filière complète : études amonts, maintenance, construction de composants de haute technologie, petite construction navale, etc.

Brest se positionne comme pouvant accueillir des sites d’assemblage en misant surtout sur l’éolien flottant dont le développement est encore à l’état de perspective en France. Dans l’attente du développement des champs d’éoliennes flottantes, le site pourrait assembler les jackets (sorte de derrick) des éoliennes de Saint-Brieuc, mais, couac récent, l’industriel attributaire du site semble vouloir changer de technologie et Brest pourrait se voir souffler cette mince opportunité. Notre industriel local DCNS a choisi Cherbourg pour l’assemblage de ses hydroliennes.

Notre inquiétude repose donc sur la faiblesse des propositions et un manque de conviction des politiques tant régionaux que locaux. Nous ne savons pas évaluer l’influence de la Marine Nationale dans ce manque de conviction. La concurrence
sur ces opérations en mer n’est certainement pas la voie la plus efficace pour notre
pays. Une certaine planification aurait certainement empêché des surcoûts inutiles.

Le deuxième projet est lui aussi assez problématique. Le trafic qui justifierait l’approfondissement du bassin concerne le soja OGM et les conteneurs, pour l’essentiel. L’avenir de la filière alimentaire bretonne est très problématique, la concurrence d’autres pays sur des produits bruts de basse qualité (pas de valorisation) est extrêmement forte. Le plan d’avenir breton risque d’être un pis aller. Quid alors des investissements réalisés ?

Contraintes écologiques et environnementales

Les deux projets nécessitent à part égale le dragage de 1,2 million de mètres cubes
de sédiments plus ou moins pollués selon les zones où ils seront prélevés. Ces sédiments devront être stockés dans une nouvelle extension de 12 hectares prise sur la mer. Cette extension ne sera utilisable que dans 30 ou 40 ans ou au prix de travaux de consolidation onéreux sous quelques années. Le polder actuel construit dans les années 70 doit servir aux installations terrestres. Malgré plus de 30 ans les sédiments qui y ont été stockés nécessitent des opérations lourdes rendues indispensables pour des installations industrielles. De plus, il apparaît que ce site est pollué : le laisser faire ou le laisser aller a permis à des industriels locaux « indélicats » de déposer des déchets toxiques de façon erratique sur la zone, des produits provenant de l’accident de l’Amoco Cadix y sont aussi stockés. Les solutions proposées pour traiter ces pollutions posent problème.

Nos voisins sont déjà en ordre de marche et se sont investis dans les EMR, à Brest le démarrage des travaux est prévu au mieux en mars avril 2015, ils commenceront par les travaux d’approfondissement du port !!

Nous ne voudrions pas que les quelques 200 à 230 millions d’€ investis soient affectés dans le futur à un nouveau grand projet inutile.

Nous ne devons pas manquer cette occasion, le retour d’activités industrielles sur Brest et sa région est indispensable. Les lourdes reconversions de l’industrie agroalimentaire à venir devraient être un formidable accélérateur pour l’engagement des politiques /responsables politiques et aussi des citoyens.

Michel VOISSET

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